Choisir son instrument – 1: la base de la motivation de l’enfant
Votre enfant est attiré par la musique, ou vous souhaitez lui proposer cet apprentissage, une question émerge immédiatement : comment choisir son instrument? Pouvoir faire un choix éclairé est essentiel: cela donne sens à la pratique musicale, et constitue ainsi le socle de motivation de votre enfant.
Cette question est loin d’être anodine! Même s’il est toujours possible de changer d’instrument en cours de route, l’idéal reste tout de même de commencer directement avec le « bon » instrument. Alors, comment savoir? Comment choisir? Et sur quels critères?
La question du choix de l’instrument est reliée à d’autres questions comme: à quel âge commencer l’apprentissage de l’instrument? Est-il souhaitable de suivre un cours d’éveil musical au préalable? Dans cet article, nous traiterons surtout du choix à proprement parler, les questions d’âge et d’initiation musicale faisant l’objet d’articles spécifiques.
Pourquoi est-il essentiel que ce soit bien l’enfant qui choisisse son instrument? Parce que le fait de choisir le bon instrument conditionne tout le parcours de votre enfant, et en particulier sa motivation et son enthousiasme. Avoir un instrument qui lui correspond, va nourrir l’investissement et la volonté de votre enfant à y consacrer du temps, s’entraîner. Si son instrument lui plaît vraiment, il aura envie d’en jouer, il sera heureux d’apprendre, et se réjouira d’aller à son cours. Ainsi, le choix de l’instrument est le point de départ d’une grande aventure musicale.
A l’inverse, si votre enfant joue d’un instrument qui ne lui plaît et correspond pas en profondeur, son lien à la musique risque d’être plus fragile. Je pense qu’une certaine proportion des arrêts de la pratique musicale à l’adolescence peuvent s’expliquer ainsi, et que cela peut être prévenu par la démarche du choix de l’instrument au moment de commencer.
D’où l’importance de prendre le temps de s’interroger, d’essayer, puis discuter ensemble! Accompagner votre enfant dans cette démarche, en étant à l’écoute de ses intérêts et ressentis, va lui permettre de définir son choix. C’est une phase très intéressante où toute la famille est curieuse de connaître le choix final de l’enfant!
Le choix de l’instrument relève aussi d’une correspondance avec l’identité et la personnalité de l’enfant. Un instrument de musique est un moyen d’expression, il faut qu’il corresponde pleinement à la personne qui en joue. Nous y reviendrons plus loin: c’est une question de sensations, de gestes, de sonorité et aussi de l’esthétique de l’instrument. Les différents instruments suscitent des modes d’expression bien différents, par leur sonorité, la façon de les jouer. Il y a des instruments qu’on tient, avec lesquels on est en contact (violon, violoncelle, guitare), d’autres que l’on touche seulement du bout des doigts (piano, clarinette). Certains enfants aimeront avoir un grand instrument, d’autres un instrument petit ou de taille moyenne.
A ce stade, je peux apporter un témoignage personnel: j’ai d’abord appris le violon pendant 5 ans, avant de changer pour le violoncelle. Je n’avais pas eu l’occasion de découvrir le violoncelle, ni d’essayer plusieurs instruments. J’ai aimé le violon, mais je suis certaine que je n’en aurais jamais fait mon métier. Quand je suis passée au violoncelle, cela ne m’a pas dérangé de tout recommencer, parce que j’avais enfin trouvé le bon instrument. Cette expérience m’a donné une sensibilité particulière à propos du choix de l’instrument.
Finalement, le choix permet à l’enfant de s’approprier son instrument. Apprendre à en jouer deviendra évident pour lui, comme un reflet de sa personnalité et comme moyen d’expression. Mais aussi au plan symbolique: l’enfant qui a pu faire un choix conscient, favorisé et reconnu par ses parents, se sent pleinement impliqué dès le début de son apprentissage. Cela fait sens pour lui.
A quel âge un enfant est-il en mesure de savoir de quel instrument il veut jouer? La question et l’importance du choix l’instrument m’amène à de grandes réserves quant-aux méthodes où l’on fait commencer les enfants très tôt.
Certaines méthodes comme la méthode Suzuki ont été développées pour commencer l’apprentissage des instruments à cordes frottées de façon extrêmement précoce: dès l’âge de 3 ou 4 ans, voire… à l’âge de 2 ans. Même si cette méthode produit des résultats, je la trouve contestable au plan cognitif, émotionnel, physiologique et psychomoteur – ce sera là l’objet d’un futur article. Mais cela soulève aussi la question: l’enfant de 3 ou 4 ans peut-il vraiment choisir son instrument?
Comment faire un vrai choix quand on a encore si peu l’expérience du monde? Pour pouvoir choisir réellement, il faut avoir plusieurs possibilités devant soi, mais aussi un minimum de recul. Je ne pense pas qu’un enfant de 4 ans puisse faire un choix éclairé – on peut avoir l’illusion du choix : avoir proposé quelques instruments, l’enfant a acquiescé… Mais proposer directement à un très jeune enfant de commencer tel instrument n’est pas un réel choix: l’enfant ne se rend pas encore compte de ce que cela représente, ne peut pas vraiment savoir si cela lui plaît, ni à quoi cela amène et engage.
C’est pour cela que la notion d’éveil est importante: avant de commencer à apprendre un instrument de musique, il faut d’abord s’éveiller à la musique en général, écouter et produire des sons, avec sa voix, avec de petits instruments accessibles, et interagir dans un groupe. C’est sur cette base que l’apprentissage instrumental se fera dans les meilleures conditions et fera pleinement sens.
Je conseille d’être très prudent et conscient face à la prégnance du mythe de l’enfant prodige, qui conduit beaucoup de parents à rechercher à commencer un instrument le plus tôt possible. Des débuts prématurés sont contre-productifs et ne rendent pas service à l’enfant.
