Une approche corporelle pour apprendre la musique
Aujourd’hui, nous disposons de ressources sérieuses pour apprendre à jouer d’un instrument de musique de façon physiologique. Pourtant, ces connaissances sont encore trop peu diffusées.
Après plusieurs siècles de tradition musicale, les connaissances sur la santé et la physiologie du geste ont progressé. Ces connaissances relativement récentes, peinent à s’intégrer pleinement à la pratique musicale et à la pédagogie. Cet article est l’occasion de contribuer à les diffuser!
« Tiens-toi droit! » ou encore « baisse tes épaules! », qui n’a pas entendu ces conseils? Il est temps de pouvoir apporter aux élèves des ressources plus constructives. Cela tombe bien : des connaissances et une littérature importante ont vu le jour depuis 40 ans. Il faut désormais les intégrer pleinement à la pratique musicale!
Se tenir droit, c’est bien sûr ce que l’on recherche, mais il ne suffit pas de dire « Tiens-toi droit » à l’enfant qui apprend la musique. C’est une affaire de compréhension, de sensations et de mobilisation des muscles! Et c’est une démarche à long terme.
Tout musicien, débutant ou confirmé, a besoin de travailler consciemment sa posture, avec des outils adaptés. Il est tout à fait normal d’avoir tendance à crisper, d’avoir du mal à maintenir la bonne posture : c’est un long travail d’éducation et de recherche personnelle.
Le physiothérapeute spécialisé est là pour apporter les solutions physiologiques, qui vont dans le sens de ce que demandent les professeurs d’instrument. La collaboration entre l’enseignant et le physiothérapeute est extrêmement bénéfique pour l’élève, qui reçoit des conseils cohérents et efficaces afin de mettre en place une posture optimale et une gestuelle physiologique.
Ces ressources sont un véritable catalyseur pour l’apprentissage. En prenant le temps de s’intéresser au fonctionnement du corps, on économisera ensuite des heures de travail. Au lieu de répéter et de s’acharner, on pourra comprendre, ressentir et trouver des mouvements agréables, précis et efficaces!
Pour autant, l’anatomie ne s’invente pas : trop d’enseignants pensent travailler l’aspect corporel en inventant des exercices, en utilisant des balles (à ne surtout pas faire) pour « muscler les doigts » (alors que les muscles qui actionnent les doigts ne sont pas dans les doigts!).
J’ai même vu une enseignante de violoncelle demander à ses élèves d’accrocher un poids à leur poignet droit (côté archet) en jouant!
Il vaut mieux s’en tenir à un cours classique, si l’on n’a pas les connaissances en anatomie et physiologie, plutôt que d’inventer des explications qui seront fausses.
De même, côté soin, la physiothérapie classique ne suffit pas pour s’occuper des musiciens par rapport à leur pratique instrumentale. Des compétences et une approche spécifique sont nécessaires. La formation dans le domaine s’appelle la « Formation Médecine des Arts – Musique », cette formation pluridisciplinaire a lieu chaque année entre Paris et Montauban, s’adressant aux soignants (physiothérapeutes, médecins, chirurgiens) ou aux musiciens.
Il est important de rappeler qu’en tant que musicienne diplômée Médecine des Arts, cela me permet d’enseigner sur la base de notions physiologiques, de donner des explications anatomiques aux élèves, et par un enseignement sain, d’agir en prévention. Il ne s’agit en aucun cas de soin!
Pour le soin (douleur, surmenage musculaire, tendinite, etc), ainsi que pour un travail postural approfondi, cela se passe avec le physiothérapeute spécialisé.
Avec les ressources de l’anatomie et de la bio-mécanique, on gagne des heures de travail à l’instrument. Et ceci est valable pour tous les âges et niveaux.
Au lieu de répéter inlassablement un passage jusqu’à ce qu’il fonctionne, on va pouvoir étayer le geste par une posture efficace. On va pouvoir comprendre « pourquoi » quelque chose ne marche pas, puis « comment » faire pour obtenir un mouvement à la fois ample et précis.
Ainsi, on agit non seulement en prévention des problèmes physiques, mais en plus, on apprend plus rapidement! Ce qui motive encore plus à apprendre et à pratiquer régulièrement.
J’en fais l’expérience depuis une dizaine d’années : l’approche corporelle et le fait de parler d’anatomie et de bio-mécanique intéresse et motive les adolescents.
L’adolescence est une période fragile en général, et pour la musique particulièrement, c’est le moment où les élèves risquent de se décourager et de vouloir arrêter. Apporter à la pratique une dimension scientifique et pluridisciplinaire, cela permet de renouveler la pratique, de maintenir l’intérêt, la curiosité et de rendre l’élève adolescent encore plus acteur de son apprentissage.
C’est aussi un moyen de continuer à progresser même si la quantité de travail à la maison reste modeste. Or, la question du travail à fournir – en plus de la pression scolaire qui est déjà énorme à un âge où les élèves sont fatigués et préoccupés de questions personnelles – peut être un frein énorme et amener à l’arrêt de la pratique musicale.
Alors, parler d’anatomie en lien avec la musique, c’est intéresser doublement l’élève adolescent : curiosité et satisfaction de comprendre son corps en général, et à propos du mouvement et du geste musical en particulier. Et puis, le travail sur les sensations contribue à s’approprier son corps et se sentir bien physiquement. Cette complémentarité entre compréhension intellectuelle et ressenti corporel est extrêmement intéressante et profitable.
D’ailleurs, vous pouvez offrir à votre ado le livre « Le corps du musicien » de Rosset i Llobet et Odam : un ouvrage très complet avec une mise en page et des illustrations plaisantes et un note d’humour, du type « prenez soin de votre corps, car le fabriquant ne garantit pas de pièces détachées ni remboursement »!
